Extrait N°1
ACTE I Scène 1

(Raphaël, Gaston et Raymond )
Lumière.
Devant un panneau blanc, un ange passe cérémonieusement sur une musique très céleste
Voix Off : Pool !
L'ange redresse la tête, surpris. Coup de feu. L’ange gesticule lors de sa chute avant de tomber sur le sol. Les ombres de deux chasseurs avancent derrière le panneau blanc.
GASTON : En plein dans le mille !
RAYMOND : C’est quoi, Gaston ? C’est quoi ?
GASTON : J’sais pas, Raymond. Un sacré oiseau en tout cas.
Ils s’approchent. Un des chasseurs soulève une aile.
RAYMOND : Mince ! On dirait un ange !
GASTON : Il est bien foutu, en tout cas.
RAYMOND : Hein ?
GASTON : Je parlais de ses ailes. As-tu vu ce ramage ?
RAYMOND : Elles sont fausses, non ?
GASTON : Non, c’est de la vraie plume…
Silence
RAYMOND : Il est mort ?
GASTON: Il bouge plus en tout cas. Mince alors, c’est la dernière fois que je bois un coup avant de chasser moi. (Silence) Bon, qu’est-ce qu’on en fait ?
RAYMOND : Comment qu’est-ce qu’on en fait ? C’est toi qui l’as séché.
GASTON : T’es sûr, Raymond ?
RAYMOND : Te défiles pas Gaston. C’est toi qui as fait ce carton.
GASTON : Je croyais que c’était une perdrix.
RAYMOND : Te défiles pas Gaston.
GASTON : Je me défile pas, mais tu me vois ramener « l’ange » en guise de trophée de chasse. Ils vont drôlement rigoler les copains de la Fédération. Je les entend d’ici : « Un ange passe mais grâce à Gaston il trépasse ! »
L’ange émet une plainte qui les fait sursauter. Raymond le braque avec son fusil.
RAYMOND : ( criant ) Allez, on le fini ensemble. Te défiles pas Gaston.
GASTON : Non, attends ! On peut pas faire çà, tout de même…J’suis pas médecin mais je crois qu’il est juste blessé. Une chance qu’on ait bu une bouteille avant de venir sinon il s’en serait jamais remis.
RAYMOND : (Baissant son fusil )C’était quoi au fait ? Un côte du Rhône ?
GASTON : T’es fou. C’était un Anjou village. Les vins d’Anjou, il y a que ça de vrai.
RAYMOND : Bon, qu’est-ce qu’on en fait ?
GASTON : Bah, Raymond… rappelles-toi…la bouteille…on l’a sifflé.
RAYMOND : Non. Je parlais de l’ange.
GASTON : Ah, l’ange… Les objets trouvés ?
RAYMOND : Arrêtes Gaston. T’es lourd.
GASTON : Y’a bien les gendarmes. Mais dans l’état où on est…
RAYMOND : ….ouais bonjour notre permis de chasse… Y pouvait pas battre de l’aile ailleurs celui-là ? C’est vrai, il fait chier quoi.( Il le remet en joue.) Allez Gaston, avec moi, te défiles pas.
GASTON : Arrêtes. (Il lui baisse son arme ) Non, il faut aller voir les gendarmes
RAYMOND : ….t’as raison. Quelle histoire, bon Dieu.
GASTON : Ouais. Quelle histoire…nom de Dieu.
Les ombres disparaissent petit à petit. Noir.
ACTE I Scène 2
(Dieu et Belzébuth)
Lumière. Dieu, assis sur son trône, seul sur scène.
DIEU : Au commencement il y avait Moi ! Dieu ! Avec un grand D ! J’ai construit le monde en six jours ! Six jours divins où j’ai pu exprimer tout mon génie artistique. Depuis, ma Création, avec un grand C, a été reconnue dans le monde entier. Ainsi j’ai traversé les siècles aussi aisément que …( Il sort une petite fiole de sous sa toge) …que Noé a échappé au déluge ! Bon c'est vrai, je l'ai un peu aidé sur ce coup-là, c’était juste une petite giboulée qui n’avait rien d’insurmontable…( Il boit une longue rasade). Mais, si moi, Dieu, j'ai traversé les siècles c'est grâce à l'Homme ! Avec un grand H ! Depuis la nuit des temps, depuis l'âge de pierre, l'Homme a cru en moi. Le moindre tremblement de terre ou météore dans le ciel étaient des signes divins. Un petit orage ? "C'est Dieu qui est en colère !" Une petite inondation ? "C'est Dieu qui nous punit !" Et si l'Humanité a survécu pendant des siècles, c'est parce qu'elle avait… la Foi ! ( Il boit de nouveau )
Voix en coulisses : Avec un grand F !
Dieu manque de s’étouffer, il regarde avec une colère contenue vers les coulisses puis se reprend et continue.
DIEU : La foi en l'avenir, la foi en des jours meilleurs, la foi en leurs enfants et leurs petits enfants. La foi qui s'étendait voluptueusement parmi toutes les ethnies comme une senteur divine qui sort d'une bouteille de…( Il regarde sa fiole et au bout d'un instant lui hurle ) Ils avaient foi en moi ! Et c'est fini ! Fini ! J'ai la poisse ! La Poisse avec un grand P ! Un chasseur vient de faire un carton sur un de mes anges ! Mon fidèle messager Gabriel vient de me prévenir que mon cher et précieux Raphaël n’est plus !
Moi qui avait quitté le Paradis pour des cieux moins sombres dans l’espoir que mon départ engendrerait une nouvelle vague de foi chrétienne, me voici avec un ange en moins !
Belzébuth sort doucement des coulisses sous les traits d'une femme. Dieu l’aperçoit, sursaute de surprise. Il marque une hésitation puis pointe son doigt vers elle.
DIEU : Vade retro Satana…Tu n’es pas la bienvenue Belzébuth !
BELZEBUTH : Allons, calmes toi ! Je viens te voir à propos de Raphaël ! Il est vivant ! Mais la cartouche de ce chasseur a été à deux doigts de faire de sérieux dégâts…
DIEU : Raphaël est vivant ! Bien sûr !…Mais où avais-je la tête ? Nous sommes immortels! Mais, dis-moi, ce chasseur était-il un de tes sbires ?
BELZEBUTH : Non. Ce chasseur était un chasseur. En fait, il était deux. Ils ont prévenu les autorités locales et Raphaël est maintenant dans …une clinique privé catholique.
DIEU : Ah, merci…Il existe encore quelques fidèles pour prendre soin de mes anges ! C’est surprenant d’ailleurs. Cela fait un petit moment déjà que les humains préfèrent emmener leurs enfants dans les parcs d'attractions plutôt qu'à la messe ou dans les lieux de pèlerinage !
BELZEBUTH : Il faut les comprendre, les cabines des manèges sont plus attrayantes que celles des confessionnaux.
DIEU : Ah ! Je ne compte plus les athées et les profanes ! Des idoles en veux-tu en voilà ! Des idoles qui chantent, des idoles qui font du cinéma, des idoles qui font du sport…Et Moi alors ? Moi aussi je chante ! La voix de Dieu n'est-elle pas connue pour être impénétrable ? Moi aussi, je suis photogénique ! Après tout, j'ai crée l'homme à mon image. Quand au sport, ha ! J'ai construit le monde en six jours ! Alors quoi ? Je n'ai pas une tête de champion, peut-être ? L’homme a perdu la foi et le pire, le pire j'insiste, c'est que je n'ai rien vu venir.
BELZEBUTH : Et c’est pour cela que tu as quitté Le Paradis depuis plusieurs jours avec quelques fidèles ? A cause d’une petite dépression divine ? Tu es en mal de reconnaissance éternelle ? Le noir ne te va pas très bien, tu sais.
DIEU : Vade retro Satana…retournes à tes fourneaux et laisses-moi à mes pensées.
BELZEBUTH : (Regardant le niveau de la bouteille) Tes pensées sont déjà bien entamées, si je ne m'abuse . ( Elle observe autour d'elle un moment). Où sont-ils ?
DIEU : ( Rangeant sa bouteille ) Qui ?
BELZEBUTH : Tous tes fidèles compagnons. Les autres archanges, St Pierre, le fils et le "Saint d'Esprit".
DIEU : Il n'est pas saint d'esprit ! Toi non plus d'ailleurs ! Si tu es venue pour blasphémer, tu peux repartir d'où tu viens !
BELZEBUTH : Allons, calmes toi ! Dis-moi plutôt ce qui te mine ! Je peux peut-être t'aider. N'oublies pas que je faisais parti de tes anges avant que tu me châties.
DIEU : Tu as la mémoire courte, diablesse ! Tu étais la chef de cette petite rébellion si je ne m'abuses.
BELZEBUTH : Non, je m'en souviens. D'ailleurs pour me châtier, avant de m'envoyer gérer les Enfers, tu n'as rien trouvé de mieux que de donner un peu de poitrine, des cheveux longs et un petit abricot. L'ange asexué que j'étais n'a pas fait long feu avec ton doigt divin.
DIEU : Exact, alors quand tu auras fini de prendre le frais ici-haut, tu redescendras par là-bas. Par cet escalier de petits cumulus de ma fabrication. De toute façon, je n'ai pas besoin de toi.
BELZEBUTH : Ah oui ? Bon, je m'en vais. Je croyais que cela t'intéresserait de savoir pourquoi les hommes ne croient plus en toi.
Elle sort. Dieu la regarde partir, attends un long moment puis l'appelle.
DIEU : Belzébuth ! Remontes !
BELZEBUTH : ( En coulisses ) Dieu convoque, le Diable s'en moque !
DIEU : Belzébuth! Remontes !.....(agaçé) S'il te plaît !
Elle revient en le saluant noblement.
BELZEBUTH : Contre la politesse divine, le Diable ne peut que courber l'échine !
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EXTRAIT N°2:
ACTE I Scène 4
( Belzébuth et Gabriel )
Belzébuth et Gabriel restent immobiles sans un mot pendant un long moment.
BELZEBUTH: Tu pourrais, au moins, faire semblant d'être heureux de me revoir. Depuis tout ce temps, je ne comprends pas que, toi aussi, tu aies la rancune aussi tenace. Le pardon est une vertu qui s'achète, peut-être ?
GABRIEL : Inutile de me faire un prix. Je ne suis pas heureux de te revoir.
BELZEBUTH: Peut-être mais bon, j'essaye de l'aider….Tu as vu dans quel état Il est ? …Il n'a pas un moral d'enfer.
GABRIEL: Très drôle.
BELZEBUTH: Quelque chose m'intrigue. Tu n'es pas plus curieux que cela de savoir pourquoi il t'a fait demander les Saintes Ecritures ?
GABRIEL: Oh ça fait longtemps que les crises existentielles de Dieu ne m'intriguent plus. Dieu va lire la Bible, Dieu sera rassuré par un ou deux versets et Dieu rentrera dans l'ordre… jusqu'à la prochaine fois.
BELZEBUTH: Oui, sauf que là c'est du sérieux. il s'est aperçu que l'Humanité ne croit plus en Lui. Du moins une partie non négligeable de l'Humanité.
GABRIEL: Qui lui a mis cela dans la tête ? C'est toi ?
BELZEBUTH : Non, j’étais venu le prévenir qu’on avait retrouvé Raphaël…
GABRIEL : Tais-toi ! La douleur m’est insupportable.
BELZEBUTH : …Raphaël qui se porte comme un charme dans une clinique, catholique de surcroît !
GABRIEL : Raphaël est vivant ! Mais comment cela se fait-il ? Je l’ai vu de mes propres yeux. Abattu par ce chasseur…
BELZEBUTH : Mais non, il a juste été un peu sonné. Il a faillit y laisser des plumes il est vrai mais il est actuellement en observation.
GABRIEL : Oh, je vois…Raphaël sert de cobaye scientifique maintenant. Quelle déchéance ! Finalement, je crois que Dieu a raison…( Gabriel s’éloigne doucement et continue pour lui-même ) Imagines-tu ce que l’on peut ressentir lorsqu’on voit un ange choir devant la folie des Hommes ? Lorsqu’un visage souriant se tord soudain d’une douleur sans nom ? Lorsque pour la première fois, on s’aperçoit que l’on peut que tomber et que même le rêve ne vole plus ? Imagines-tu cela ?
BELZEBUTH : Je l’ai imaginé en effet. Et c’est pour cela que je me suis lancé sur les traces de Dieu. Je suis arrivée au moment où il allait finir sa bouteille de…Qu'est-ce qu'il ingurgite au fait ? Je supposes que ce n'est pas de l'eau bénite ? Si Dieu se remet à boire, l'Humanité va avoir une sacrée gueule de bois !
GABRIEL : ( En colère ) Tu es aussi irrespectueuse que satanique. Si tu répètes à qui que ce soit ce que tu as vu, je te promets que…
BELZEBUTH: ( se rapprochant de Gabriel ) Que quoi ? Que tu vas me frapper de ton épée vengeresse ? Et tu crois que ça pourra me faire le moindre mal ? Je connais la douleur. Je l'entends, je la côtoie et je l'administre depuis des millénaires aux Enfers. Je suis immunisée. Dieu m'a châtié et punit pour l'éternité. Qu'est-ce que toi, tu pourrais me faire de plus ?
GABRIEL : ( lui faisant face ) J'ai toujours rêvé d'attraper le Diable par la queue et de l'envoyer faire un séminaire de Purification !
BELZEBUTH: ( haussant le ton ) Essaye toujours et je te pollue toute l'eau bénite pour des siècles et des siècles. Les derniers croyants te remercieront en même temps que Lui.
Leurs deux visages sont face à face. Gabriel se jette soudain sur Belzébuth et l’embrasse fougueusement. Puis il la repousse aussitôt et continue du même ton agressif.
GABRIEL : Ne fais pas semblant de t'intéresser aux états d'âme de Dieu. ( Il s'éloigne petit à petit ). Tu es le Mal personnifié. Tu as toujours été contre Lui, tu as toujours été un rempart entre les Hommes et Lui. Tu as toujours brisé l'harmonie qui pouvait s'installer entre la Terre et Le Paradis. Tu es et as toujours été la Poisse de Dieu !
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